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Accueil » Blog » Le cactus San Pedro dans la médecine populaire péruvienne

Le cactus San Pedro dans la médecine populaire péruvienne

par Xavier

Le cactus San Pedro, de son vrai nom Echinopsis pachanoi, est un cactus originaire d’Amérique latine, dans les régions de la cordillère des Andes (Venezuela, Colombie, Équateur, Pérou, Bolivie, Argentine et Chili). Il s’agit d’un cactus très imposant, robuste, et offrant de magnifiques fleurs blanches.

Mais si ce cactus se distingue autant des autres, c’est aussi parce qu’il contient de la mescaline, une substance psychotrope qui provoque des effets hallucinogènes, à l’instar du Lophophora (Peyote). C’est cette particularité à laquelle Douglas Sharon, anthropologue américain spécialisé dans le chamanisme et l’ethnobotanisme, s’est intéressé dans son livre Le cactus San Pedro dans la médecine populaire péruvienne.

Le livre de Douglas Sharon

Ce mini-livre de 51 pages relate l’expérience de Douglas Sharon avec la médecine populaire péruvienne (appelée “curanderismo”) dans les années 1960, lorsqu’il a croisé le chemin de Gálvaez, un “curandero” (que l’on peut traduire par “chaman”, “guérisseur” ou encore “sorcier”) du Nord du Pérou.

Dans ce pays, la médecine traditionnelle (chamanique) se pratiquait et continue à se pratiquer via des séances de guérison où le cactus San Pedro (Echinopsis pachanoi) joue un rôle essentiel : c’est lui qui permet d’activer les pouvoirs divinatoires et visionnaires du curandero, et donc de guérir.

A travers cet article, je résumerai les principales parties du livre, en insistant sur la place du cactus San Pedro dans les rituels chamaniques, qui mêlent influences chrétiennes et croyantes précolombiennes. Evidemment, je ne vous dévoile pas tout le contenu, puisque je vous invite à vous procurer ce récit fort passionnant que vous trouverez sur de nombreux sites marchands à très petit prix (exemple sur Amazon).

Le Cactus San Pedro dans la médecine populaire péruvienne

Préparation du San Pedro pour la séance de guérison

Après une première partie qui aide le lecteur à contextualiser la rencontre entre les deux hommes et à comprendre comment le curandero a été pour la première fois exposé a cette pratique avant de devenir guérisseur (bénévole !), la préparation du San Pedro est abordée.

Le plus souvent, c’est une variété du San Pedro avec 8 côtes qui est utilisée pour ces rites. Au-delà de ce nombre, c’est le lieu de récolte du cactus qui est important, puisque les cactus récoltés dans les hautes terres des Andes sont considérés comme étant les plus puissants (le sol y est plus minéral).

Le jour de la séance, le curandero commence sa préparation à midi : il coupe quatre petits cactus (les moins épais donnent les meilleurs breuvages) en fines tranches, les met dans vingt litres d’eau et les laisse bouillir pendant 7 heures.

Qu’est-ce que l’Echinopsis pachanoi peut guérir ?

L’auteur rappelle que lors des séances de guérison, le San Pedro (Echinopsis pachanoi) est utilisé comme plante médicinale : pour lutter contre les affections cutanées, les problèmes diurétiques ou d’autres maladies en fonction des cas.

Cette forme de médecine traditionnelle peut cohabiter avec la médecine moderne, selon la situation de chaque patient et le diagnostic préalablement établi. Il arrive donc au curandero de rediriger le patient vers des médecins modernes ou des hôpitaux.

Préparation de la séance de guérison

Avant le début de la séance à proprement parler, le chaman installe la “mesa”, sorte d’autel qui contient plusieurs objets disposés dans différentes zones :

  • Sur le côté gauche se trouvent des objets associés aux forces du mal, au monde souterrain et à la magie noire. Ce côté lui sert à trouver la racine du mal.
  • Sur le côté droit, plus large, se trouvent des objets liés aux forces du bien ou à la bonne magie. C’est ici qu’un récipient avec 20 litres de San Pedro est positionné.
  • Au centre, c’est la zone médiane, avec des objets neutres, où le bien et le mal s’équilibrent. Cette partie sert à refléter le problème étudié.

Tous les objets présents sur la mesa ne sont pas assemblés au hasard, le curandero les accumule et les choisit au fil des ans, selon sa propre expérience, ses propres ressentis et significations. Ces objets ont une force et prennent vie après avoir bu la substance psychédélique du San Pedro (Echinopsis pachanoi), qui sert de catalyseur.

Préparation séance de guérison Pérou
Installation de la mesa (à gauche) et du breuvage de San Pedro.
Cette photo provient du site Camina el autor, dont l’auteur a participé a une séance de guérison en 2012 qu’il décrit et illustre en photo. La séance a d’ailleurs été dirigée par une curandera recommandée par Douglas Sharon.

La séance de guérison

Après préparation de la mesa et de tous les éléments qu’elle comporte, la séance de guérison peut avoir lieu et se déroule alors en deux temps : les actes rituels et les actes de guérison. Elle peut se tenir tous les jours de la semaine sauf le lundi, “jour des Esprits”, et doit se passer dehors, dans un espace délimité par un mur ou une barrière.

Les actes rituels

Cette première partie se déroule de 22h à minuit, elle se compose de prières, d’invocations et de chants. Ensuite, chaque personne doit inhaler une mixture appelée “tabac” puis à minuit, après les rites, boire une tasse de décoction du cactus hallucinogène. L’infusion à base de San Pedro (Echinopsis pachanoi) a pour but de rendre le patient réceptif à la thérapie et le tabac inhalé juste avant, de clarifier son esprit.

Les actes de guérison

Cette seconde phase se déroule de minuit à 4h du matin et mélange musiques, parfums, boissons, symboles… Le patient est au centre de toute l’attention et tous les sens sont sollicités.. Différents actes thérapeutiques à destination de chacun des participants sont réalisés : chants rituels, vibrations, discours, et enfin une partie appelée “visions”, qui permet alors de révéler le trouble du patient. Les deux assistants du curandero font une fois de plus inhaler au patient le “tabac” et réalisent d’autres actes avant que la séance ne se termine par un acte de purification final à base de San Pedro.

Rôle du San Pedro (Echinopsis pachanoi) dans la guérison

Le curandero définit le San Pedro (Echinopsis pachanoi) comme un cactus psychédélique “capable de transcender les limites inhérentes à la condition de simple mortel”. Il aide à “voir” et à franchir toutes les barrières : celles du temps, de l’espace et de la matière.

Le curandero décrit les effets du San Pedro après ingurgitation (état de transe) et de quelles manières il aide à soigner le malade : par l’atteinte du subconscient qui, lui seul, peut modifier les états de conscience. Le subconscient joue en effet un rôle important dans ce processus de guérison, c’est lui qui sert à “dénouer les blocages” du patient et qui permet au chaman (curandero) de percevoir et comprendre ses maux.

Conclusion

Dans le dernier chapitre du livre, l’auteur raconte sa propre expérience autour du San Pedro via deux séances auxquelles il a participé. S’il a effectivement eu des sensations (chaleur, détente, vibrations et apparitions de couleurs, etc.), il n’a pas eu la même perception que les autres participants présents lors de la séance. Il n’a pas “vu” et “ressenti” les mêmes choses.

Il soulève alors un point intéressant en disant que le “degré de sensibilité et la communauté de vision [peuvent être] dus au contexte culturel” : les autres participants étaient tous “culturellement conditionnés à attendre de San Pedro certaines expériences“.

Il ajoute ensuite que le rapport qu’a la société péruvienne dans le Nord du pays, qui considère et pratique le curanderismo comme un système de guérison depuis des siècles, “déterminerait la façon dont le mental [des habitants de cette région] formalise[rait] l’expérience sensorielle neutre provoquée par l’action de San Pedro. De son côté, l’auteur percevait l’action de San Pedro à travers son propre prisme culturel : l’héritage culturel et ancestral semble donc jouer un rôle dans l’expérience de la substance psychédélique du San Pedro (Echinopsis pachanoi).

Sur Youtube et sur certains blogs, je suis tombé sur plusieurs vidéos ou récits de “séances de chamanisme”, mais aucune n’avait l’air réellement “sérieuse”. Aucune séance ne ressemblait à une “vraie” séance de chamanisme comme décrite par le docteur Sharon ou sur le blog Camina el autor. La plupart du temps, il s’agissait d’expériences “attrape-touristes” mises en place par des locaux improvisés chamans. Ces derniers faisaient simplement boire une boisson à base de San Pedro… Bref, il ne s’agit pas de chamanisme mais de prise de psychotrope au Pérou !

Pour vous procurer le livre Le cactus San Pedro dans la médecine populaire péruvienne qui décrit en détail les rencontres entre un chaman péruvien et Douglas Sharon, ainsi que les séances de chamanisme, rendez-vous ici.

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